Broderie et point de croix
Aujourd’hui dans notre monde moderne qui, se fait souvent niveleur des différences, les doigts de l’artisan perpétuent admirablement la mémoire et continuent à travailler merveilleusement la matière et à la façonner en des formes forgées à travers des siècles d’histoire et de culture.
De nos jours, l’artisanat tunisien occupe à lui seul plus de 265.000 personnes, soit 11% de la population active. Chargé de valeurs culturelles et d’ajouts civilisationnels, le produit artisanal tunisien, utilitaire ou décoratif, traditionnel ou moderne, a une présence remarquée dans le vécu quotidien.
La broderie, art de l’ornementation, nécessite le maniement de l’aiguille. Cet art est plutôt pratiqué par les citadines et les villageoises. Leurs produits sont riches et variés et concernent essentiellement l’ornementation des costumes d’apparat, le linge de maison et la chabka, une dentelle travaillée à la main.
Les habits traditionnels tunisiens, tels que les burnous, djebba, houli et autre baghnoug, relèvent du coupé conçu du drapé, une tradition héritée de l’époque antique.
La djebba est en fête ces jours-ci, puisque la Journée nationale de l’artisanat et de l’habit traditionnel est célébrée sous le signe « Préparez les djebba pour la venue des amis ». Le souk de la Médina ainsi que d’autres espaces tels que la Société commerciale des produits de l’artisanat (Socopa) et le Magasin général participent à cette fête.
« Depuis quelques années, nous avons notre fête nationale. Cette initiative a encouragé les artisans à promouvoir le secteur qui a connu une période difficile ces dernières années », indique M. Abderrahmen, un artisan du souk.
Derrière le comptoir, Haj Salah aide un client à choisir une djebba. En s’approchant, on remarque que les tissus sont différents. Les broderies utilisées varient elles aussi d’une djebba à l’autre.
« La différence des tissus et des broderies interviennent dans la détermination des prix. Pour une djebba de bonne qualité, l’artisan consacre beaucoup de temps. Finalement, il s’agit d’un chef-d’oeuvre qui vaut son prix », souligne Haj Salah.
Dans le souk, les prix varient de 70 à 400D pour les djebba de femmes et de 130 à plus de 1.000D dinars pour celles des hommes.
Dans les magasins et les bazars situés en dehors du souk, les prix sont plus élevés et cela pour les deux types de djebba. Elles ne sont pas vendues à moins de 120D et peuvent dépasser 1.500 dinars.
« Les djebba sont très chères pour un Tunisien moyen. Même durant cette période de soldes, je n’ai pas remarqué de grande différence dans la demande », souligne Mlle Houda, une étudiante en anglais qui, à l’occasion du mariage de sa soeur, souhaite porter un habit traditionnel.
La djebba est portée pour les fêtes familiales. Ce sont surtout les femmes qui s’intéressent le plus à cet habit. Pour certaines familles, il est important que le marié porte une djebba le jour de la signature du contrat de mariage. D’autres catégories de personnes portent les djebba. Il s’agit en particulier, des hajs, les pèlerins allant à la Mecque ou en revenant.
« La djebba est sans discussion, une fierté pour ceux qui la portent surtout lorsqu’il s’agit d’un chef- d’oeuvre qui durera longtemps. Elle vaut son prix », confie Khaled, un homme d’affaires qui a choisi cette occasion de remises sur les prix pour faire l’acquisition d’une djebba en prévision de l’été.
S’agissant de cette année, on remarque que le Magasin général a pris l’initiative de proposer la djebba pour l’homme à un prix exceptionnel et très attractif, à savoir 270D, avec possibilité de paiement échelonné sur 18 mois. Dans les autres espaces, on prévoit des remises qui varient de 10 à 20%.
On note dans les souks la présence d’autres types de djebba, qui sont vendues à des prix très bas : les broderies sont faites à la machine.
Une certaine industrialisation a gagné du terrain. La djebba tunisienne ne risque-t-elle de perdre ainsi ses spécificités. Les vrais artisans doivent sans doute lutter contre cette concurrence en défendant l’image de la djebba authentique.
Mme Thérèse, une touriste venant de Toulouse, commente à ce propos : « La djebba tunisienne est adorable, très agréable et ample. L’été, en la portant, on ne sent pas la chaleur ».