Broderie et point de croix
Dès l’âge de six ans, les fillettes Thái s’initient déjà aux travaux de broderie, aux motifs de l’écharpe de Piêu et aux vêtements traditionnels. C’est pourquoi, un peu plus âgées, les jeunes filles savent tisser des écharpes brodées de motifs aux couleurs sophistiquées, rendant le travail impressionnant.
A l’occasion des fêtes, les filles Thái se parent d’écharpes qu’elles portent sur la tête qui leur rajoutent encore un peu plus de grâce. Quand le printemps arrive dans les montagnes, après de longues et fatigantes journées passées à travailler, les filles profitent de l’occasion pour porter les vêtements traditionnels dont l’écharpe de Piêu qu’elles ont elles-mêmes créée. L’écharpe de Piêu est composée d’une toile tissée manuellement, teinte en bleu indigo. À ses deux extrémités, on brode la cigale, le canarium, les dents de scie, etc. Ces motifs sont répartis par catégorie, accompagnés de couleurs bien définies. Le mariage des tons et des formes sur l’ouvrage donne naissance à une œuvre unique sur laquelle on peut apprécier l’habileté subtile et le goût sophistiqué des femmes Thái
Ceci étant une des explications de l’engouement des touristes pour la haute région du Nord-Ouest. Afin de concevoir l’écharpe de ses rêves, la jeune fille Thái apprend d’abord à tisser. Les matières premières étant bien sûr en coton, elle doit les travailler selon les différentes étapes comme le roulage, le démêlage, puis le filage et enfin le tissage. Mais avant cette dernière étape, on doit étirer le fil de coton pour qu’il gagne en résistance, ce qui donnera une durée de vie plus longue au tissu. Après on passe au tissage. Ceci fait, le tissu sera teint en bleu indigo et immergé dans de l’eau de chaux mélangée avec les cendres prises dans le foyer de la cuisine pendant une semaine avant d’être bien lavé et séché.
L’originalité de l’écharpe Thái consiste en la technique de broder par-dessous et non par-dessus. Pourtant, les visiteurs n’arrivent pas à distinguer le dessus du dessous de l’écharpe car les Thái utilisent aussi la broderie d’enfilage, c’est-à-dire le fil à broder sera enfilé au tissu. L’écharpe est dans une certaine mesure semblable à l’être humain : on retrouve des caractéristiques générales, des lignes identiques sur chaque écharpe, néanmoins on peut quand même estimer la différence de chacune.
Le style de décoration, les motifs sur le tissu sont différents d’une région à l’autre. Certaines se distinguent par la combinaison des couleurs. Ce petit désaccord témoigne de la créativité personnelle qui existe même en matière de tradition, ce qui a contribué à rendre l’écharpe de Piêu plus intéressante aux yeux des touristes. Pour les Thái, l’écharpe de Pieu devient même synonyme de fierté tant elles apprécient leurs visites, venants des quatre coins du monde à leurs rencontres. Mais l’écharpe joue surtout un rôle très important dans leur vie sentimentale. Elle est indispensable dans les fêtes religieuses ou dans toutes sortes de festivités. Les jeunes s’offrent souvent les uns aux autres leurs belles écharpes de Pieu pour exprimer des sentiments amoureux réciproques. Le jour du mariage, la mariée porte sur sa tête la plus belle, la plus récente écharpe de Pieu sur laquelle elle a travaillé pendant plusieurs jours. D’un simple coup d’œil sur les motifs de l’ouvrage, les parents du marié peuvent estimer l’habilité de leur belle-fille. Qui d’ailleurs ne se prive pas d’offrir d’autres écharpes de sa confection aux proches des deux familles.
On trouve sans doute que l’écharpe de Pieu, avec des motifs originaux et sophistiqués, rend les jeunes filles Thái plus charmantes. Mais peu d’entre nous savent que pour avoir une si belle écharpe, les filles ont dû persévérer dans cet exercice alliant esprit et travail manuel. Rencontrez une jeune fille nonchalante auprès d’une branche de bauhinie blanche, portant une écharpe de Pieu sur sa tête, un agréable sentiment mêlant légèreté et excitation devant cette apparition printanière envahira votre âme.