Broderie et point de croix
En ornant les vêtements des mandarins ou de la famille royale de la dynastie des Nguyên (20e siècle), les motifs faits main des jeunes brodeuses huéennes ont acquis leur lettre de noblesse et confirmé une expérience séculaire. Pourtant, les vicissitudes de l’histoire ont fortement frappé ce métier traditionnel qui à maintes reprises a cru voir sa fin arriver. Après la réunification nationale en 1975, la coopérative Thuân Lôc, implantée dans la cité impériale de Huê, a vu le jour afin de sauvegarder cette antique profession. Mission en partie atteinte, les habiles Huéennes recommencèrent à confectionner des produits brodés exportés en Europe. La coopérative connut alors son âge d’or. Son effectif d’alors était en moyenne d’un millier de brodeuses, chiffre qui selon les commandes pouvait atteindre parfois de cinq à sept mille « aiguilles ».
Mais le bloc soviétique s’effondra et entraîna dans sa chute le marché des pays de l’Est, principal débouché des produits de Thuân Lôc. “La coopérative peut disparaître mais nous devons tout faire pour préserver le métier de nos ancêtres”, affirma Bùi Thi Tuyêt, directrice de la coopérative Thuân Lôc. Les meilleures "aiguilles" de Thuân Lôc quittèrent alors leur ville natale et s’en allèrent exercer la broderie ailleurs. Certaines réussirent, comme Mme Xuân, à la tête d’un label désormais reconnu, X.Q. à Dà Lat, province centrale de Lâm Dông.
Pour sa part, Bùi Thi Tuyêt resta fidèle à Huê et continua à exercer dans une petite échoppe. Courageuse, elle décida de recréer la coopérative de broderie Thuân Lôc. Même si elle ne rencontre pas le faste d’antan, cette nouvelle coopérative est une réussite puisque chaque jour une cinquantaine de jeunes artisanes travaillent laborieusement sur les étoffes. “Dans notre coopérative, le salaire des artisanes ne varie qu’entre 500.000 et 600.000 dôngs par mois,” explique Mme Tuyêt. “Ce n’est pas une bonne rémunération mais par leur passion, les jeunes filles s’attachent aux aiguilles, aux étoffes. Elles maîtrisent bien la technique et peuvent créer des motifs très sophistiqués”.
Thuân Lôc est aujourd’hui partenaire d’une compagnie d’export de broderies dont les produits s’écoulent au Japon, en Corée du Sud, en France... Ainsi, sur des kimonos nippons ou des hanbok coréens (tunique traditionnelle des Sud-Coréennes), on retrouve le style des jeunes brodeuses de Huê.